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La vigie de l'Observatoire Les nouveaux dispositifs de localisation et les risques d’utilisation dans le cadre de cyberviolences conjugales

Au printemps 2021, Apple a mis sur le marché un nouvel outil : l’AirTag. De la taille d’une pile de montre, il se fixe sur un trousseau de clefs, un étui à lunettes ou se glisse dans un sac et permet de géolocaliser ses objets perdus en se connectant à une application. l'observatoire régional des violences faites aux femmes rappelle les dangers d'une utilisation malveillante de ce dispositif.

 

Quels sont les risques ?

Ce n’est pas la première fois qu’une balise de ce type est commercialisée : Tile en a commercialisé une similaire en 2013, et Samsung a lancé le Galaxy SmartTag en janvier 2021. Cependant, l’influence et l’image de marque associée à Apple laisse supposer que cet outil va se démocratiser et être accessible à grande échelle.

L’AirTag est un dispositif facile d’utilisation, abordable et discret. De par ces caractéristiques, son utilisation peut être détournée pour surveiller les déplacements de sa partenaire (ou de son ex) à son insu, dans le cadre de violences conjugales. En glissant la balise dans la poche d’un manteau, dans un sac ou dans la voiture de la victime, l’agresseur peut contrôler ses déplacements pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, avant que cette dernière ne soit alertée.

Tout dispositif de surveillance peut être détourné pour être utilisé à l’insu d’une personne. Les entreprises devraient systématiquement prendre en compte ces risques, dès la conception des outils numériques, pour limiter les possibilités de détournement et prévoir des dispositifs à destination des victimes potentielles.

Contrairement aux autres entreprises, Apple a mis en place deux mesures supposées diminuer les risques de cybersurveillance :

  • Une alarme sonore de quinze secondes, dont le volume reste relativement faible, s’enclenchant à un moment aléatoire si cela fait plus de huit heures que l’AirTag n’a pas été à proximité de l’iPhone ou iPad du propriétaire.
  • Une notification, valable seulement pour les personnes possédant un iPhone, qui prévient l’utilisateur·rice qu’un AirTag inconnu se déplace avec elle·lui.

Ces mesures ne prennent pas suffisamment en compte les situations de violences conjugales, où l’agresseur peut facilement cacher une AirTag, être régulièrement à proximité de sa partenaire afin que l’alarme sonore ne s’active pas, où avoir un accès physique au téléphone de la victime pour désactiver les notifications d’alerte.

Que faire ?

La géolocalisation à l’insu d’une personne est illégale ! Ce nouveau délit instauré par la loi du 30 juillet 2020 vise à protéger les victimes de violences conjugales.Puni d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende, ces peines sont renforcées si les faits sont commis par le partenaire (deux ans de prison et 60 000 euros d’amende).

En cas de suspicion de cybersurveillance, notamment lorsque le partenaire ou l’ex est au courant des déplacements réalisés par sa partenaire sans qu’elle le lui ait mentionné, une première étape peut être d’inspecter ses poches, ses sacs, sa voiture à la recherche d’un AirTag ou d’une autre balise de géolocalisation.

Attention ! L’agresseur sera notifié si l’AirTag est désactivé. Il est conseillé de préparer une stratégie de protection avant de désactiver un AirTag en anticipant les réactions du (ex-)conjoint, pour ne pas se mettre en danger.

> Retrouvez les conseils pas à pas sur notre site dédié : www.guide-protection-numerique.com <

Les ressources du Centre Hubertine Auclert

Le Centre Hubertine Auclert a mené en 2018 une recherche-action inédite démontrant l’ampleur des cyberviolences conjugales : elles concernent neuf femmes victimes de violences conjugales sur dix et la cybersurveillance est l’une des formes les plus fréquentes de cyberviolences dans le couple.

 

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