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Rencontre inter-associative : Quel avenir pour la lutte contre les violences faites aux femmes en Russie ?

Le 27 avril dernier, le Centre Hubertine Auclert recevait une délégation d'associations russes spécialisées dans la lutte contre les violences faites aux femmes. 5 associations se sont déplacées dans le cadre d'échanges inter-associatifs organisés par ACER-Russie et en partenariat avec SOS Femmes 93 et le Planning familial. Une journée riche en échanges et constats dont voici la restitution.

La situation en Russie est particulièrement préoccupante sur le terrain associatif, notamment en raison de la nouvelle législation qui dépénalise les violences intrafamiliales en Russie. Promulguée par le président russe le 7 février 2017 (après avoir été votée par une écrasante majorité de parlementaires), ses conséquences immédiates sont dramatiques :

  • L'arsenal judiciaire dont disposaient les victimes a été considérablement réduit
  • Les peines pour coups et blessures commises au sein du cercle familial ont transformé les deux ans de prison jusque-là encourus en simple amende, sauf en cas de violences graves ou de récidive
  • Aucune circonstance aggravante n'est désormais retenue pour les violences commises par un conjoint ou un parent

Le projet de loi proposait la correction d'une « anomalie » dans la loi russe. En effet, les auteurs de violences intrafamiliales étaient jusqu'ici poursuivis au pénal, tandis que les mêmes violences commises en dehors du cercle familial relevaient du droit civil.

Pourtant, au-delà de l'argumentaire « d'harmonisation juridique », le texte portait bien en germe un projet de société fondamentalement sexiste : atténuer la gravité des violences conjugales et intrafamiliales dans l’objectif de préserver « les valeurs familiales traditionnelles ».

Selon les données indiquées par les associations :

  • 1 femme sur 5 est victime des violences conjugales en Russie
  • 40% des crimes graves ont lieu dans le milieu familial
  • 7500 femmes meurent chaque année suite aux violences exercées par un conjoint en Russie

Cette nouvelle loi a également posé un frein très important à la déclaration de ces violences par les victimes et les procédures qu’elles peuvent engager contre les agresseurs. Le taux de plaintes pour ces violences était déjà faible avant le vote de cette loi pour deux raisons principales :

  • Les difficultés rencontrées pour faire enregistrer une plainte pour violences dans la sphère privée
  • Le manque de structures associatives d’accompagnement et d’hébergement (sans financements publics russes et subsistant principalement grâce aux financements étrangers)

Les sondages ont indiqué que 40 à 60% de la population russe était favorable à cette loi. Selon les représentantes associatives, cela peut être expliqué par l’absence de campagnes de sensibilisation sur le sexisme, les inégalités femmes-hommes et les violences faites aux femmes.

À cet égard, chacune des associations présentes à cette rencontre a trouvé particulièrement utiles les ressources produites par le Centre Hubertine Auclert : fiches-réflexe pour les professionnel-le-s, campagnes de sensibilisation, cartographies interactives...

Des outils inspirants et nécessaires pour faire évoluer à terme les consciences russes, mobiliser la société civile et convaincre les pouvoirs publics de légiférer POUR et non plus CONTRE les femmes.

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