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Entretien avec Amandine Maraval Directrice du CHU et du LAO POW'HER de l'association FIT

Amandine Maraval, Directrice du CHU et du LIeu d'Accueil et d'orientation LAO POW'HER  de l'association FIT nous présente les enjeux du développement de lieux dédiés pour les jeunes femmes victimes de violences.

 

 

Pourquoi avoir développé le LAO POW’HER à Bagnolet ? Quelles sont les spécificités des violences dont sont victimes les jeunes filles ?

Amandine Maraval : Le LAO POW’HER répond à l’invisibilisation des violences subies par les jeunes femmes. Celles-ci sont pourtant massivement victimes : 20% des violences conjugales concernent les 20-24 ans en Île-de-France selon l’enquête Enveff (2 000).

Les jeunes femmes ne font pas partie des publics prioritaires dans les structures de droit commun ou dans les associations spécialisées qui luttent contre les violences conjugales. Comme l’a montré la recherche action du Centre Hubertine Auclert en 2016 : seulement 11% des appelantes du 3919 étaient des jeunes femmes de 18 à 25 ans. L’idée du LAO Power est d’aller à la rencontre de ces jeunes femmes.

L’Observatoire départemental des violences contre les femmes du 93 et l’Observatoire parisien des violences faites aux femmes de la Ville de Paris rejoints par les associations Voix de femmes, le Collectif Féministe Contre le Viol, En avant toute(s), le CIDFF 93 ont souhaité ouvrir un lieu dédié à la prévention et à l’accompagnement des jeunes femmes victimes de violences.

Ces jeunes filles sont très rarement victimes d’une seule forme de violences. 87% des jeunes femmes que nous accompagnons sont victimes de violences intrafamiliales. Parfois en voulant quitter un foyer violent, elles vont rencontrer un conjoint violent.

Le passage à la majorité est un moment critique, les violences familiales peuvent s’accroitre lorsque les jeunes filles sont sur le point d’acquérir les droits afférents à la majorité.

Quels sont les ressources que peuvent trouver les jeunes filles au LAO POW’HER ?

Amandine Maraval : La dimension humaine du lieu permet de créer les premiers liens entre les jeunes femmes. L’objectif est de contrer la logique d’isolement de l’agresseur. Le LAO anime des ateliers cafés débats, on discute de thèmes comme la jalousie, l’image de soi en lien avec la tv réalité, le rapport à l’argent pour parler de la question de la prostitution. Ces temps de sensibilisation outillent les jeunes filles pour qu’elles développent leur propre jugement et esprit critique.

Des groupes de parole vont être mis en place avec la psychologue. Jusqu’ici la structure privilégiait des accompagnements individuels en victimologie. Finalement, les jeunes femmes ressentent davantage la nécessité d’un travail en collectif.

13 projets collectifs vont également être portés par les jeunes femmes. L’un d’eux consiste notamment en la création d'un théâtre forum sur la question des violences qui sera ensuite joué par les jeunes femmes dans les établissements scolaires.

Enfin, le LAO propose un accompagnement individuel à travers une équipe pluridisciplinaire : deux éducatrices spécialisées, une animatrice socio-éducative et culturelle spécialisée en socio-esthétique (qui travaille sur l’image et le rapport au corps), une conseillère conjugale et familiale, une juriste du CIDFF 93, une intervenante en insertion sociale et professionnelle et bientôt un médecin.

Retrouvez le flyer à destination du public et le flyer à destination des professionnel·les.

Quel est le rôle que peuvent jouer les collectivités dans la prévention et la lutte contre les violences faites aux jeunes filles ?

Amandine Maraval : Les collectivités peuvent soutenir le développement de lieu d’accueil pour les jeunes filles victimes. La Ville de Bagnolet a mis à disposition un local et a été d’une aide précieuse.

Aujourd’hui, 300 jeunes femmes ont été accueillies et 201 jeunes femmes ont été accompagnées par le LAO. Une nouvelle jeune femme est accueillie chaque jour. L’enjeu est de pérenniser ce lieu et de réfléchir à son essaimage en imaginant à minima un lieu d’accueil pour les jeunes filles par département.

On imagine parfois que ce type de lieu nécessite un coût trop important pour la collectivité, mais l’accompagnement de ces jeunes filles permet également de prévenir d’autres formes de violences qu’elles pourraient subir une fois adulte.

Il est nécessaire également que la collectivité mette en place des actions de sensibilisation à l’égalité filles garçons dès le plus jeune âge.

Enfin, la formation des professionnel·les est essentielle, l’ensemble des professionnel·les que nous rencontrons expriment la nécessité d’être formé·es sur la spécificité de l’accueil des jeunes filles victimes de violences.

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