La démarche Handigynéco est un dispositif d’« aller-vers » visant à améliorer l’accès à la santé gynécologique des femmes en situation de handicap et le repérage de violences sexuelles. Elle repose sur la formation de sage-femmes à un suivi gynécologique adapté, fondé sur le counseling et l’égalité dans la relation de soin. Des consultations de prévention et de dépistage, ainsi que des ateliers sur la vie affective, relationnelle et sexuelle, sont menés au sein des établissements médico-sociaux.
Retrouvez ci-dessous les éclairages de :
- Frédérique Perrotte, Sage-femme référente Handigynéco IDF et coordinatrice médicale de la filière Endométriose EndoSud IDF
- Bahja Laurent, chargée de mission Handigynéco IDF
- Benjamin Vouhé, chef de projet Handigynéco IDF
Quels sont les freins spécifiques rencontrés par les femmes en situation de handicap dans l’accès à la santé ?
Les difficultés d’accès aux soins des personnes en situation de handicap ne sont pas forcément liées à leur handicap, mais aussi à des obstacles extérieurs.
Parmi ces obstacles, on peut citer :
- le manque de formation des professionnelles et professionnels de soin, qui ne se sentent parfois pas suffisamment outillés ;
- l’inaccessibilité des lieux de santé en ville et à l’hôpital ;
- le besoin de temps pour une consultation adaptée qui n’est pas valorisée suffisamment pour les publics professionnels.
Il ne faut pas oublier les freins liés aux représentations à la fois des professionnels et professionnels mais aussi de la société, des familles et des personnes en situation de handicap. En effet, le handicap est trop souvent associé à une absence de sexualité au sens large. Ce sujet, largement tabou, entraine une absence de propositions de soins gynécologiques, oubliant les violences faites aux femmes en situation de handicap et niant leur santé sexuelle. Il est par exemple encore courant qu’une femme ayant des relations sexuelles ne se voie pas proposer de dépistage du cancer du col de l’utérus, car ses accompagnants ne prennent pas en compte sa vie sexuelle. En dehors des soins gynécologiques, les freins spécifiques à l’accès aux soins des femmes en situation de handicap restent peu documentés.
Pourriez-vous faire un résumé de la démarche Handigynéco et de ses perspectives d’évolution ?
La Démarche Handigynéco permet de répondre en partie à ces freins dans une démarche d’aller-vers. Dans un premier temps les sages-femmes libérales participent à une formation à la pratique du suivi gynécologique adapté aux besoins des femmes en situation de handicap, incluant des témoignages de personnes concernées et promouvant l’approche du counseling* pour être dans une relation d’aide à égalité avec l’autre. Ces sages-femmes réalisent ensuite des consultations de gynécologie de prévention et de dépistage, ainsi que des ateliers collectifs concernant la vie relationnelle, affective et sexuelle pour les hommes et femmes en situation. Ces ateliers sont également proposés aux professionnelles et professionnels dans des établissements médico-sociaux accueillant des personnes en situation de handicap.
Elles participent également au repérage des violences sexuelles, desquelles les femmes en situation de handicap sont plus victimes que les autres femmes. La Démarche Handigynéco, qui ciblait depuis 2023 les établissements médicalisés (foyers d’accueil médicalisés et maisons d’accueil spécialisées), s’étend depuis juin 2025 aux établissements non-médicalisés comme les foyers de vie, foyers d’hébergement et ESAT pour les ateliers de prévention. A ce jour, 1840 femmes en situation de handicap bénéficient de ces consultations. Les ateliers de sensibilisation ont bénéficié à 2852 résidentes en établissement médico-social et à 2521 professionnelles et professionnels.
Il est maintenant envisagé d’étendre la formation aux sage-femmes hospitalières (formation initiale et continue) ainsi qu’aux autres professions de santé gynécologique. L’objectif est également que davantage de personnes en situation de handicap puissent bénéficier du dispositif. Ainsi, Handigynéco devrait prochainement être étendu aux établissements accueillant des enfants pour y animer des ateliers à la vie affective et sexuelle, aux EHPAD accueillant des personnes handicapées vieillissantes, ainsi qu’aux femmes vivant en milieu ordinaire, qui représentent la majorité des femmes en situation de handicap. L’équipe de coordination participe également à des actions de plaidoyer et des projets nationaux, comme l’annuaire des professionnels de santé accessibles sante.fr. Les consultations gynécologiques longues seront par ailleurs financées dès 2026 dans le droit commun (aujourd’hui financement spécifique des ARS).
*Selon le CRIPS, l'objectif du counseling est de faire en sorte qu'une personne confrontée à un problème trouve elle-même, en mobilisant ses propres ressources, la ou les solutions adaptées à son problème et à sa situation. Le counselor est là pour accompagner la personne dans cette démarche. Jamais il ne donne de solution toute faite, immédiate, au problème considéré.
Avez-vous déjà travaillé avec des collectivités pour développer ce dispositif ou le faire connaître ? Pourriez-vous donner des exemples de collaborations ou d’interventions dans des collectivités ?
Nous collaborons régulièrement avec certaines Villes et Départements pour promouvoir l’accès aux soins gynécologiques des femmes en situation de handicap et l’éducation à la vie affective et sexuelle. Nous répondons souvent aux invitations des collectivités locales lorsqu’elles organisent des événements concernant l’accès aux soins pour les personnes en situation de handicap ou la lutte contre les violences faites aux femmes. Notre équipe participe par exemple au comité de pilotage de la stratégie de santé sexuelle de la Ville de Paris. Récemment, les Centres de santé sexuelle de la Ville de Paris nous ont sollicité pour la formation de leurs équipes à la sensibilisation des personnes en situation de handicap. Des outils leurs ont été transmis, notamment la posture du counseling. Depuis, les sage-femmes Handigynéco travaillent avec ces lieux de soins, facilitant l’orientation de patientes en situation de handicap vers le droit commun.
Nous travaillons également avec des conseils départementaux, notamment avec le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, avec lequel nous accompagnons les établissements non-médicalisés dans la prise en compte du sujet de la vie affective et sexuelle.
Plus largement, quels sont les principaux leviers sur lesquels les collectivités pourraient agir pour intégrer de manière combinée le genre et le handicap dans les politiques publiques et plus spécifiquement pour faciliter la prévention et l’accès aux s
Sur le plan de la santé, le rôle des collectivités reste assez limité, étant donné qu’elles n’ont pas de compétence directe sur l’offre de soins. Néanmoins, les villes et communes peuvent développer des lieux de soins et participer à rendre ceux de leur territoire (centres de santé, maisons de santé, centres de santé sexuelle…) accessibles en octroyant des subventions locales à cet effet ; l’accessibilité ne passant pas seulement par les normes PMR, mais aussi par la mise en place de parcours de soins plus fluides ou encore de possibilités de communication pour toutes les femmes.
Les collectivités doivent également inclure les femmes en situation de handicap dans les campagnes de dépistage, notamment les frottis et les mammographies, desquelles les femmes en situation de handicap sont particulièrement exclues. Les campagnes de santé publique en FALC (facile à lire et à comprendre) sont par exemple particulièrement utiles, et pas seulement aux personnes en situation de handicap, aussi aux autres personnes rencontrant des difficultés de lecture ou une faible littératie en santé.
Par ailleurs, les départements sont compétents pour un certain nombre d’établissements et services médico-sociaux (foyers de vie, FAM, SAVS, SAMSAH, SAAD, etc). Un levier majeur des départements est d’inciter à la prévention, au repérage et à la prise en charge des violences sexuelles chez les femmes en situation de handicap dans les établissements et services placés sous leurs compétences.

